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G. M. HOPKINS, SHAKESPEARE & CO : SUR LES FORMES ANGLAISES DU SONNET CHEZ JACQUES ROUBAUD

frPublié en ligne le 27 août 2018

Par Alain Chevrier

1On sait que l’anglais est pour Jacques Roubaud sa seconde ou son « imaginaire langue maternelle1 », et combien il a été fasciné par la poésie anglaise classique et par la poésie américaine de son temps.

2On sait aussi qu’il est non seulement un praticien et un immense lecteur de sonnets, mais aussi un historien et un théoricien de cette forme poétique, sur laquelle il a publié de nombreux articles, une thèse de poétique, une bibliographie (avec Pierre Getzler), et deux anthologies, tous ouvrages sans équivalents sur cette forme.

3Nous donnerons ici quelques éclaircissements sur la genèse et le développement de deux formes anglaises du sonnet qu’il a expérimentées dans son œuvre : le sonnet shakespearien et le curtal sonnet de Hopkins, dont nous soulignerons le rôle séminal qu’il a joué dans son premier livre de poésie.

4Nous nous limiterons à un point de vue purement métrique, relevant de la morphologie poétique, ou, pour reprendre son expression, de la « poétique formelle ». La consultation du « Carnet bleu2 » rassemblant les sonnets où l’auteur à puisé pour composer la plus grande part de son recueil Signe d’appartenance nous a permis de confirmer certaines hypothèses sur la genèse de ces formes et des formes dérivées.

LES SONNETS ANGLAIS DANS SIGNE D’APPARTENANCE

5La pénétration de l’anglais dans ses poèmes peut se faire d’abord par le vocabulaire, et toucher les rimes. Dans Signe d’appartenance (1967),on peut lire un poème bi-, et même trilingue, avec certains vers en anglais, et des rimes franco-anglaises ou anglo-françaises plus ou moins approximatives :

O glib o liebe source si tes eaux
seem song seem with their hundred folding herbs
sapides sous les jonquilles si neuves
ou sifflent comme sifflent les roseaux

is it for me for us when lyin’ above
you green on the marigolden meadow
renversés sous les murmurants rideaux
des trembles gris nous jouons joute brève

or is it that from sauntering summer
in prairies drowned you hear the brooding birds
forever-owl or morrow-nightingale

et débordant de mains fraîches tu pleures
qui crois versant douce tendresse neuve
apaiser le mal qu’ils portent au ciel3

6Un autre poème au vocabulaire bilingue et partiellement néologique, « : ! eagles, cap sur les schooners !, ! calicot rouge !, ! klondykes !,…4 », est plus complexe.

7Dans la suite de sonnets suivant, le second sonnet est formé d’un unique mot anglais issu du premier :

bris sonore !  fragments mésange !        ange
que du Nord  pourpoint œillet d’iode        diode
nous viennent ces violons candi        di*de
depuis l’humide qu’un  visa ge        a*ge

soupçonnant  le sel taise un autre        autre
le mil les menthes dans la bouche        ouche
(toit de la terre et que c’est douc e        ouc*e
demeure de cris)  que de l’eau        au*re

remue contre le limon cil        ncil
au pouls de la pente que tourne        unre
la respirante lande mûr e        u*re

rien n’est et nous perdrons sous l’inc l        nc*l
émence du temps étranger        nger
l’espoir des arbres retourn er5        n*er

n
o
*
*

t
h
*
*

i
n
*

*
g
*

8Ce poème rappelle évidemment les jeux avec les lettres de Cummings, et ses variations sur la forme sonnet. Roubaud évoque à son propos ses préoccupations bourbakistes6. C’est un sonnet en 7 vers monolettriques constitué d’éléments prélevés dans les mots à la rime du poème précédent, lequel est en abba abba cdd cee. Parmi les couples de rimes, on note deux rimes enjambées d’allure aragonienne (candi / de, eau / re) et une rime coupée (incl / émence). Les astérisques correspondent aux vides. C’est un poème vertical analogue à une enseigne lumineuse, à un vers japonais, et, par son thème, c’est en son genre un vers « de pur néant ». Sa fonction est d’être un « demi sonnet » correspondant au vers court dans un « sonnet court de sonnet courts7 ».

9Le Carnet bleu contient de nombreux sonnets bilingues qui n’ont pas été repris. Nous examinerons essentiellement les formes poétiques, dont Roubaud donne un échantillon dans le « mode d’emploi » de son livre de poésie, à l’usage des scholiastes futurs :

0.1.2 Les textes ou pions appartiennent aux variétés suivantes : sonnets, sonnets courts, sonnets interrompus, sonnets en prose, sonnets courts en prose […] » Une variété peut être subdivisée, analyse que nous laissons au lecteur : par exemple, les sonnets présentent diverses dispositions de rimes (attestées ou non dans la littérature)8.

10La première catégorie de la liste, en indiquant que les « sonnets » tout court présentent à leur tour des variétés dans la disposition des rimes, renvoie aux formes de sonnets anglais classiques. Si nous considérons, non les schémas de rimes, mais leur forme strophique, nous en relevons trois occurrences. L’un est sur la mort par suicide de son frère en octobre 1961, événement déclenchant de son livre de poésie. Commençant par l’équivoque tu es (« tué »), il est en un vers impair, un vers « mauvais », l’hendécasyllabe (sauf deux un taratantaras, comme un clinamen), et son schéma de rimes est abba abba cdcd ee : c’est la forme de Philip Sidney. Il se termine en outre sur un distique en discrètes contre-assonances :

tu es sauf dans la mort tu ne verras pas
moisir les jours, rompre la fête illusoire
l’amour s’abriter, fléchir la mémoire
le silence cerner de son court compas

la petite forêt ouverte à nos pas
sauf et mort je suis enfin prêt à te croire
mon frère enserré dans le si lourd noir
dont tu te raidis, hier, dont tu nous frappas

j’ai renoncé à soumettre ce langage
que tu sais, tu as raison, c’était bouffon
le bon troubadour, capuchonné de nuages
a glissé dans la fosse, se noie au fond

j’achève un vrai bilan d’ombres on va rire
alors, quelle raison de vivre, qui dure9 ?

11Un autre sonnet, « camail de pluie sur vos ménades10… », est en abba cddc efef gg. Et « les raisins s’écrasaient sur la route bleue11… » est un sonnet compact, sur le même schéma de rimes, mais en un seul bloc abbacddcefefgg.

12Il convient d’insister sur le fait qu’à ce moment, au sein d’une poésie française dominée par le vers libre, et où Aragon n’avait prôné que la forme « nationale » du sonnet, Roubaud fait œuvre originale en recourant à la forme anglaise. En langue française, il n’existait guère qu’un ouvrage universitaire sur le sujet, d’ailleurs très complet12, dont il a pu prendre connaissance, et une anthologie confidentielle13.

RAPPEL HISTORIQUE SUR LE SONNET ANGLAIS EN FRANCE

13La forme du sonnet anglais s’est développée parallèlement à la forme du sonnet « italien14 », poursuivie en France et en Espagne. Les premières interférences sont ponctuelles et récentes.

14Roubaud lui-même a trouvé ce sonnet de Philarète Chasles, un comparatiste avant la lettre, dans son étude « Mœurs dramatiques du seizième siècle », recueillie dans Caractères et paysages (1833). Il est intitulé La Consolation :

D’un regard sans pitié les hommes me flétrissent :
Seul, rebuté du monde et maudissant mon sort,
Mes inutiles cris dans les airs retentissent :
Le ciel est sourd ; je pleure, et désire la mort.
D’autres ont des amis, d’autres ont la richesse ;
Ils ont reçu du ciel, le repos, d’heureux jours,
Les honneurs, la beauté, la gloire, la sagesse,
Inestimables liens qui me fuiront toujours.
Dans ces pensers amers, quand tout mon cœur se noie,
Je pense à toi ! — Mon âme, heureuse en son réveil,
S’élance et fait jaillir l’hymne ardent de sa joie,
Comme par l’alouette au lever du soleil !
Doux souvenirs ! amour ! mon bonheur ! ma couronne !
Tu suffis à ma vie, et tu vaux mieux qu’un trône15.

15C’est une traduction du sonnet 101 de Shakespeare. Le schéma de rimes en ababcdcdefefgg est reproduit. La forme est en un seul bloc, rarissime dans la poésie de l’époque, mais il ne reproduit pas le décalage des deux derniers vers présents dans l’original.

16Nous-mêmes avions trouvé ce sonnet d’Auguste Barbier16, qui est paru en premier lieu dans Satires et poèmes (1837), et dont le titre est L’Adieu :

Ah ! quel que soit le deuil jeté sur cette terre
Qui par deux fois du monde a changé le destin,
Quels que soit ses malheurs et sa longue misère,
On ne peut la quitter sans peine et sans chagrin.

Ainsi, près de sortir du céleste jardin,
Je me retourne encor sur les cimes hautaines,
Pour contempler de là son horizon divin
Et longtemps m’enivrer de ses grâces lointaines ;

Et puis le froid me prend et me glace les veines,
Et tout mon cœur soupire, oh ! comme si j'avais,
Aux champs de l'Italie et dans ses larges plaines,
De mes jours effeuillé le rameau le plus frais,

Et sur le sein vermeil de la brune déesse
Épuisé pour toujours ma vie et ma jeunesse17 .

17Ce sonnet est en abab bcbc cdcd ee, la forme spenserienne, comme l’indique l’auteur, que n’a pas l’original shakespearien ababcdcdefefgg. Sa disposition en trois quatrains et un distique est plus proche des quatre strophes de la forme française.

18Barbier a donné aussi une traduction de Shakespeare dans « Deux vieux sonnets », le premier étant un sonnet italien de « Michel-Ange au Dante », en abba abba ccd eed. Ce second sonnet est intitulé Shakespeare à son amie :

Las de ce que je vois, je crie après la mort ;
Car je vois la candeur en proie au vil parjure,
Le mérite en haillons déshérité du sort,
Et l’incapacité couverte de dorure,

La pudeur virginale au bras de la luxure,
Au siège de l’honneur l’intrigue allant s’asseoir,
L’esprit fort appelant sottise la droiture,
L’art divin bâillonné par la main du pouvoir,

L’ignorance, en docteur, contrôlant le savoir,
Sous le fourbe boiteux le fort manquant d’haleine,
Le rire injurieux flétrissant le devoir,
Le bien, humble soldat, et le mal, capitaine :

Oui, las de tout cela, je finirais mes jours,
N’était que de mourir c’est quitter mes amours18.

19C’est la traduction du sonnet 66, « Tir’d with all these, for restful death I cry ». Paru dans le Parnasse contemporain, il sera repris sous le titre « Sonnet de Shakespeare / Dans la forme de Spenser. / À mon collaborateur et ami L. de Wailly », dans son recueil de traductions19. La forme spenserienne, avec ses reprises de rimes d’une strophe à l’autre, est proche de la terza rima, ce pour quoi elle a pu séduire le poète français épris d’Italie. Le poète suivant a pu se souvenir de cet essai.

20Stéphane Mallarmé est en effet le premier poète français à avoir plusieurs poèmes, et non plus des traductions, selon la forme anglaise20. Professeur de langue et lecteur de poésie anglaise, il a reçu des poètes anglais lors de ses « mardis », et il a relu Shakespeare et les Élisabéthains avec Élimir Bourges en 188621. Sa première tentative a été glissée, sans titre, au sein d’un poème en prose, La Déclaration foraine, publié en 1887 dans LArt et la Mode :

La chevelure vol d’une flamme à l'extrême
Occident de désirs pour la tout déployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer

Mais sans or soupirer que cette vive nue
L’ignition du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l’œil véridique ou rieur

Une nudité de héros tendre diffame
Celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
Rien qu’à simplifier avec gloire la femme
Accomplit par son chef fulgurante l’exploit

De semer de rubis le doute qu’elle écorche
Ainsi qu’une joyeuse et tutélaire torche22.

21Qualifié de « Sonnet sur un mode de la Renaissance anglaise », ce sonnet est de forme shakespearienne : abab cdcd efef gg, en trois quatrains et un distique.

22Nous ne reviendrons pas sur le corpus des sonnets de cette forme chez Mallarmé, qui a été également analysé ensuite par Roubaud23, et par Roger Pearson24. À l’exception du musicien chatnoiresque Léopold Dauphin dans son recueil Raisins bleus et gris (1897), – en ultime hommage Roubaud lui a « emprunté » un sonnet sur ce modèle dans Octogone25, et de quelques réalisations chez ses disciples comme André Fontainas et Paul Valéry dans un album26, ou Pierre Louys27 et Jean Royère28, cette forme ne s’est pas du tout acclimatée en France. Les trois sonnets en 4-4-4-2, aux rimes fluctuantes, de Jules Supervielle, au début d’Oublieuse mémoire (1949) sont une exception curieuse29. De toute façon, Roubaud pouvait se référer directement au domaine anglais dès cette époque30.

LE CURTAL SONNET ET L’EXEMPLE DE HOPKINS

23En ce qui concerne les « sonnets courts » cités dans le mode d’emploi du recueil, il convient de dire que Roubaud est aussi le premier en France à avoir repris la forme du curtal sonnet de Hopkins.

24Certes, dans la tradition française étaient apparues quelques tentatives de « sonnets courts », issues d’une simple division par deux du nombre de strophes ou de vers. Jean de Boissières avait publié des « septains ou demy sonets » en abba bab, dans ses Secondes œuvres (1568). En 1582, Jean de Beaubreuil avait publié un demi sonnet, « Sur la bataille d’Ivry », en deux tercets et deux distiques (TTDD), de schéma aab ccb de de. Pierre de Laudun d’Aigaliers s’était proclamé l’inventeur du demi sonnet dans son Art poétique françois (1598)31, un quatrain suivi d’un tercet (QT) en abba cca, qu’il a employée dans La Communion du vray catholique (1587). Colletet le mentionne dans son Traitté du sonnet32. Tous ces demi sonnets ont valeur d’épigrammes, comme la forme de Maynard, en un quatrain suivi de deux tercets (QTT), qui a été qualifiée par Louis de Veyrrières de sonnet « acéphale » ou « tronqué33 ». Plus récemment, le poète fantaisiste Tristan Derême avait écrit sur le « sonnet sans tête34», en un quatrain et deux tercets.

25De même, le célèbre Sonnet inachevé (1630) de Saint-Amant est interrompu au treizième vers du fait de l’absence, à l’époque, d’une rime au mot ongles35. René Jasinski, dans son Histoire du sonnet (1903), signale aussi un sonnet auquel manque le dernier tercet dans les Œuvres de Benserade36. Celui-ci, Sur la mort du roy de Suède, en abba abba ccd, nous semble une erreur d’édition37.

26Roubaud devait connaître dès les années soixante ces sonnets aberrants de l’âge classique, directement ou indirectement, comme il devait connaître les trois sonnets inachevés de Hopkins édités à ce moment : Shakspere, en abbaabba suivis d’une ligne de points38, To Oxford, en abbaabba cdcd, où manquent les deux derniers vers39, et ‘The Times are nightfall40, en abbaabbaccd, où manque le ternier tercet.

27Roubaud a fait de la forme inachevée en deux quatrains et un tercet une forme poétique achevée, qu’il a qualifiée de « sonnet interrompu », comme Dans les années pauvres :

Ozone intime à tant d’oiseaux amerrissant
geste des peupliers, baies, petites poitrines
de buisson rouge, paix, collines, dépassant
dans l’horizon illustré, la roseur marine

j’ai grandi dans ce gris crevassé, dans ces vignes
en des jours pavillons aux antennes de sang
le chemin sent les thyms, le miel, le chemin sent
la rose arrêtée au vert plus noir, l’œillet ruine

et c’était au début de mes années de faim
en ce temps mansardé, lézardé, buté, froid
entaille de l’hiver, fiel, corbeaux et noroîts41

28Soit un sonnet en abab abba cdd, dont la rime c restera désespérément célibataire. Le titre rappelle un titre d’un récit de Pierre-Jean Jouve, Dans les années profondes. Il est à noter que trois poèmes de la section finale de Sueur de sang sont en deux quatrains et un tercet, non rimés42.

29Mais c’est surtout l’exemple d’une innovation de Hopkins, le curtal sonnet, qui sera décisive pour le poète français. « À Hopkins j’ai emprunté le sonnet court (qu’il appelle “curtal-sonnet”), réduction du “sonnet proper” par homothétie », déclarera-t-il43. (L’adjectif « curtailed » s’appliquait alors à la queue coupée des chevaux).

30Même si Roubaud pouvait se référer directement à ses œuvres dans sa langue originale44, c’est à cette époque que le poète jésuite longtemps inconnu dans son pays commençait à être mieux connu en France, en particulier grâce aux traductions « précieuses », dans les deux sens du terme, que Pierre Leyris était en train de donner : d’abord un choix de nombreux poèmes et textes en 1957, Reliquiæ45, et plus tard, Le naufrage du Deutschland (1964)46.

31Surtout, en 1963, est publiée la thèse de Jean-Georges Ritz47 (dont les traductions de poèmes ne paraîtront qu’en 1967 chez Aubier bilingue48). Cette somme magistrale comportait des analyses métriques très détaillées tant des innovations de Hopkins au plan du vers accentuel (le sprung rhythm) et des rimes (les rimes coupées ou enjambées), ­– qu’il avait tirées de la poésie grecque ancienne ou galloise –, que de la forme des poèmes (les sonnets courts et les sonnets prolongés).

32Pour mieux comprendre l’opération de transposition de Roubaud, reproduisons le premier des trois curtal sonnets de Hopkins.

Pied Beauty

Glory be to God for dappled things—
For skies of couple-colour as a brinded cow ;
 For rose-moles all in stipple upon trout that swim ;
Fresh-firecoal chesnut-falls ; finches’ wings ;
Landscape plotted and pieced—fold, fallow, and plough ;
 And áll trades, their gear and tackle and trim.

All things counter, original, spáre, strange ;
Whatever is fikle, frecklèd (who knows how ?)
 With swíft, slów ; sweet, sóur ; adázzle, dim ;
He fathers-forth whose beauty is pást change :
                         Práise hím
49.

33Ce sonnet est en abcabc dbcdc, et il est le seul des trois du même genre à présenter une indentation des six premiers vers.

34Les deux autres sonnets ont un sizain sur la même formule, mais des quintils aux rimes différentes, quoique toujours sur trois rimes, et avec une reprise de deux rimes déjà présentes dans le sizain, tout comme le précédent. Peace est en abc abc dcbdc. Et le poème intitulé (Ashboughs) est en abcabcbddbc : les dernières rimes sont palindromiques, et ce dernier aura une version prolongée en 13 vers : abcabcabcddbc. (Nous faisons abstraction des longueurs différentes des vers qui est fonction de leur nombre d’accents et des « pieds variables »).

35C’est Pied beauty qui déclenche le premier « sonnet court » ou « écourté » de Roubaud, le 4 décembre 1963, « curtal sonnet » :

sonnet 47
Couleurs I. Pentes du Rhône

Les caveaux de vert pur buvaient nervures
Brises aussi dans le temps aux framboises
Le temps de l’argile du cygne jaune
Les glycines débordaient de l’armure
Ô tonnelles des bleus, noir, sous la toise
Mousses du daim violet, et, vois, d’un Rhône

Troupeaux d’écume, tout un bruit de bruns,
De gris chancelants, fondus, aigres gris
Qui surgissaient dans la rosée d’iris
Au jardin de la rougeur, au crocs d’un
               Lion blanc des prairies50

36Le poème de Roubaud est surchargé de noms de couleurs, en accord avec le thème du modèle. Il est en décasyllabes à césure variable, avec un vers court pentasyllabe, et son schéma de rimes est en abcabc deede. L’indentation des vers du sixain n’est pas reproduite, et le quintil ne roule que sur deux rimes, comme dans les tercets des autres sonnets de Hopkins, qui sont « italiens ».

37Roubaud explique qu’il a pris le décasyllabe par analogie avec le pentamètre iambique, et parce que le sonnet court a dix vers : c’est un poème carré (une formule médiévale, et qui rappelle le dizain de Délie).

38Le lendemain 5 décembre 63, le deuxième « sonnet court » ­— traduction de Roubaud — est « noir », avec une touche de jaune ou d’or. Les vers sont des impairs de 11 syllabes, et le vers court en 5 syllabes correspond au premier hémistiche de ce vers.

sonnet 48 (sonnet court 2)
Couleurs II. En contre-couleur :

Je vais m’arrêter dans le noir, dans le noir
Je n’ai plus d’œil, je n’ai plus de cœur chaud
J’ai perdu le droit d’être un cœur et de battre
Sur une porte d’aurore ah cher renard
Et tu voulais des roses dans ton cachot
Couche couche-toi sous les ténèbres plates

Ne parle pas, oublie, pas le plus petit point
De paix jaune, tais l’or, frotte-toi d’obscur
Arrache de toin champ le chiendent d’azur
Va et la nuit bientôt te pèsera moins
               Que tes jours reçurent51

39Le poème suivant, également riche en couleurs, et en hendécasyllabes, est mentionné comme « irrégulier » dans son genre. Le vers court final est en effet déplacé en position pénultième (deded au lieu de dedde), comme si la « pointe » du sonnet était invaginée. C’est le seul exemple de cette variante.

le boulevard est plein de filles perlières
— une blonde mangue sur la chaise bleue —
— une loutre au yeux de plomb aux yeux violets —
et plus loin la haute douceur dentellière
de vingt ans en jabot où le creux
de seins durs ah ce port obtus de mulet !

boulevard serein des filles sémaphores
havre des hasards des jambes et des rires
toute l’attirance du long jour encore
 et ce ciel menhir
qui noircit les bouches sanglantes fort52

40Roubaud a rendu le quintil plus proche de la dissymétrie entre les deux parties d’un sonnet, en ne lui donnant que deux rimes, différentes de celles du sizain. Mais il n’ignorait pas le schéma de Hopkins, puisqu’il se présente une fois dans un sonnet sur la mort de son frère (en octobre 1961) : le quintil est en assonances en dbcdc, comme celui de Pied Beauty.

de ta mort on se fait frein et bâillon
et moi je l’ai polie contre ma vie
qui fus le plus près de toi j’en suis sourdsous tes regards qui s’engouffrent, millions
et joyeuse et loyale est la survie
et patientes et molles les vies courent

l’ombre a sifflé : milan ! le temps figure
une vengeance abstraite qui dénie
dans la source dénudée la soif lourde
sous la menace exorbitante nulle
         la boue quand double la roue53

41Un variation touchant les strophes est illustrée dans « la mort d’or… », en 3-3-3-2 vers. Une allitération se glisse parmi les rimes féminines.

la mort d’or ou beige aurige
descend réjouie je loge
en la rue du Mail-d’oronges

m’allège la mort dirige
aux gigles du jeu rotsoge
(les jambes  d’azur éponge)

(janvier de la mort tes haches
sur des corbeaux de pré rouge
champagne la mort  pistache

un jet de flèches  te cloue
  gis gelé lâche54

42Un sonnet court est découpé en 5-6 vers pour coïncider avec le sens55, et un autre est compacté56.

43Les premiers sonnets courts ont été choisis par Aragon et publiés dans les Lettres françaises en 1964 :

J’ai choisi seize sonnets sur quatre-vingt dix de Jacques Roubaud, « mes faux sonnets », dit-il, auxquels il adjoint, se référant à Gerard Manley Hopkins, ce qu’il appelle des « sonnets courts », et même des « sonnets interrompus ». Peut-être jamais la forme séculaire du sonnet n’aura servi à une entreprise aussi insolite. J. R. qui fut du groupe des Jeunes Poètes, réunis il y a quinze ans par Elsa Triolet, sort d’un silence qui ressemble à sa poésie (La Nuit où est-ce ?), pour une entreprise qu’on ne pourra désormais négliger, si l’on veut comprendre ce qui se passe aux années soixante dans le langage français. — A57.

44Trois sonnets courts de cette série (Endimanchés : des nains jaunes des iroquois…, Viens, viens, sorbier doux, marron d’averse58…, C’était la beauté traversière et son quadrige de cavales59…) seront repris dans Signe d’appartenance. Le poème Sonnet 57 (Sonnet court 6) : Blancs, qui ne sera pas repris dans ce livre, est publié au sein d’une série de six sonnets dans La Nouvelle Critique en août-septembre 196460.

45Le recueil Signe d’appartenance comporte 32 sonnets courts (en vers) de ce type. Dans Poésie :, Roubaud déclarera avoir composé « au moins 77 sonnets courts61 ». Le Carnet bleu en contient 77.

46Les vers prépondérants sont ceux de 10, 11 et 12 syllabes. Les vers longs sont de 13, 14, 16 et 17 syllabes. Ces derniers peuvent aussi se rapporter au vers de huit pieds de Hopkins dans Spelt from Sybill’s Leaves (« le sonnet le plus long qu’on ait jamais écrit », pour son auteur62) ainsi que dans That Nature is a Heraclitean Fire and of the comfort of the Resurrection.

47Neuf poèmes sont en rimes pures, 21 en rimes, assonances ou contre-assonances associées, 1 est non rimé. Ces poèmes partagent ces caractères avec les autres sonnets du recueil.

48 Le sixain présente la forme « bègue » abcabc dans 22 cas, 5 sixains suivent un ordre palindromique abccba, 3 suivent d’autres ordres, 1 est sur 2 deux rimes et 1 est non rimé. Le quintil est birime dans 28 cas (14 deede, 13 deded, 1 dedde), 1 est tririme en rimes liées dbcdc, 2 sont non rimés.

49Le découpage strophique des sonnets courts dans Signe d’appartenance est en 6-5 vers, sauf un en 5-6. Deux poèmes sont compacts, et un est en 3-3-3-2 vers.

50Enfin, le recueil héberge des sonnets courts en vers par amputation. Un poème compact de 8 vers, « Le bois était aux mains d’un avare blanc63 » paraît à rapprocher du « sonnet interrompu » qu’il se donne à la même époque, en deux quatrains et un tercet.

51Le sonnet « Deux cœurs roses64… », avec des blancs et des lignes de blanc au cœur de la seconde partie du poème, est qualifié par l’auteur d’« excisé65 » ou « tronqué ».

52Il y a enfin quatre sonnets dont seul le premier vers est cité, formant un monostiche, suivi d’une ligne de points : Je vis sans pluies sans bois prêt au chiffon des rues…Je suis revenu de la poussière orange des déserts…, Dans le gris musical en quelque Lerne…, Je veux dire précisément…66 ». Ces sonnets, interrompus dès leur premier pas, sont en quelque sorte des scalps de sonnets.

53Les 8 sonnets compacts, les 2 sonnets en 8-6 et le sonnet en 4-4-6 du recueil de Roubaud sont des formes strophiques qui se trouvent dans la poésie anglaise. Elles sont présentes chez Hopkins, où domine cependant la forme italienne en 4-4-3-367. Curieusement, au rebours des sonnets courts, Roubaud ne s’est pas inspiré pour ses sonnets prolongés de ceux de Hopkins (Harry Ploughman, 19 vers ; Tom’s Garland, 20 vers ; That Nature is a Heraclitean Fire, 24 vers), sur le modèle de Milton, qui lui-même reprenait la tradition italienne des sonnets caudés.

54Enfin, les rimes coupées, et surtout les rimes enjambées que Roubaud emploie à cette époque peuvent être une reprise de celles qui ont été expérimentées par Hopkins non moins que par Aragon, chacun de leur côté.

55Dans Signe d’appartenance, on relève enfin une forme illustrée par une série de 9 sonnets68, qui ne proviennent pas du Carnet bleu. Ils n’ont pas de dénomination particulière, et leur disposition de rimes « non attestée » nous paraît être une innovation formelle de Roubaud, et dériver elle aussi du sonnet court hopkinsien.

56Tout comme lui, cette nouvelle forme commence en effet par deux trios de rimes enchevêtrées et généralement ordonnées en abcabc. Ils sont suivis de façon mimétique par deux trios de rimes enchevêtrées cdecde (les rimes du second trio n’étant pas forcément dans cet ordre dans tous les cas), et le sonnet se termine sur deux rimes, orphelines, ou plutôt lointainement exilées, qui sont une reprise des deux premières rimes du trio abc. Ainsi le sonnet « de grenat noir se couche ici pour poser69 », en 1-13, est en a bcabcdefefdba.

57Il semble que Roubaud ait appliqué les rimes enchevêtrées abcabc du curtal sonnet au schéma du sonnet normal, s’il en est, et qu’il ait réitéré cette formule, puis réappliqué à ce sonnet la reprise des rimes du sextet dans la seconde partie du curtal sonnet. Il abouti à une forme assez proche du sonnet court prolongé en 13 vers de Hopkins, Ashboughs, qui est en abcabcabcddbc. Les deux tercets initiaux potentiels lui confèrent aussi l’allure d’un sonnet renversé, une opération à laquelle Roubaud ne s’est pas livré à cette époque, et en même temps il ressemble à un sonnet serpentin, qui se mord la queue au niveau, sinon du vers, mais de la rime.

58Strophiquement, 5 des sonnets de cette forme sont compacts, et les autres sont découpés en 1-13, 8-6, et 4-10 vers.

UNE HYPOTHÈSE SUR LA GENÈSE DU CURTAL SONNET

59Roubaud a donné une conjecture sur la genèse formelle du curtal sonnet dans Poésie :70. Celle-ci nous paraît trop complexe, et trop lointaine par rapport à la pratique de Hopkins. Il suppose en particulier une inversion du sonnet mettant en premier des tercets « italiens » abc abc, comme lui-même l’a fait dans sa forme de sonnet non nommée, en abcabcdefefdba, et comme il le refera dans son seul sonnet renversé publié qui est en abc abc deed deed71. Or Hopkins dans ses sonnets « italiens » au sens anglais n’a jamais emprunté les rimes enchevêtrées des tercets cde cde, qu’on rencontre effectivement dans les sonnets italiens et espagnols, mais il a toujours employé le schéma birime cdcdcd.

60Pour expliquer les rimes enchevêtrées du premier sonnet court de Hopkins, il nous semble qu’on peut en donner une interprétation autoréférentielle : en accord avec son thème, le poète a disposé ses rimes de la façon la plus « tachetée », « bigarrée », possible, et entremêlé leurs couleurs.

61Pour ce qui est de la longueur et du découpage de ce poème, nous proposons une autre hypothèse sur son origine, en partant de l’existence du poème To his Watch, considéré comme un de ses poèmes abandonnés, alors qu’il nous paraît être une forme embryonnaire de curtal sonnet. Ce sonnet,en 8 + 2 ½, avecson vers final court, nous paraît avoir été volontairement interrompu sur le mot shortest, en accord avec sa thématique temporelle :

Mortal my mate, bearing my rock-a-heart,
Warm beat with cold beat company, shall I
Earlier or you fail at our force and lie
The ruins of, rifled, once a world of art ?
The telling time our task is ; time’s some part,
Not all, but we were framed to fail and die—
One spell and well that one. There, ah thereby
Is sweetest comfort’s carol or worst woe’s smart.

Fied-flown, the departed day no morning brings
Saying ‘This was yours’ with her, but new one, worse,
And then that last and shortest72.

62Ce poème a été interrompu au 3/ 4 de sa longueur, et son schéma de rimes est en abbaabba cd(c).

63Comme cette forme de sonnet pouvait paraître déséquilibrée (8 + 3 vers), on peut penser que Hopkins a coupé en deux les 10 vers ½ en respectant la proportion ¾ du sonnet en deux parties 8 + 6, d’où son redécoupage en 6 + 4 ½. L’opération n’est plus un raccourcissement par amputation d’une extrémité, mais une réduction, une concentration. Ce n’est plus une soustraction, mais une division.

64Dès lors, on comprend mieux d’où vient le chiffre paraissant arbitraire de 3/4, et la proportion invoquée (vers 1883) par Hopkins pour expliquer sa nouvelle forme :

Nos.13 and 22 are Curtal-Sonnets, that is they are constructed in proportions ressembling those of the sonnet proper, namely 6 + 4 instead of 8 + 6, with however a halfline tailpiece (so that the equation is rather 12/2 + 9/2 = 21 /2 = 10 1/2)73.

65À ce stade, le sonnet écourté est en abbaab bacd(c). La seconde partie comporte alors une rime orpheline d, vestige du premier tercet.

66Pour rendre « bigarrée » la première partie, on peut penser que Hopkins a laissé tomber la birimie originelle et a eu recours pour le sextet aux trois rimes enchevêtrées en abcabc : abcabc bacd(c). La transformation de ba et db dans la seconde partie pour donner bacd(c) reste un mystère à élucider.

67Quoi qu’il en soit, il a transgressé une règle qu’il s’était donnée et qu’il avait exprimée dans une lettre à Dixon : « When one goes so far as to run the rhymes of the octet into the sextet a downright prolapsus or hernia takes place and the sonnet is crippled for life » (Lettre du 12 octobre 1881)74. Dans ces sonnets « étranges », la présence de deux rimes de la première partie dans la seconde partie, se retrouve d’ailleurs dans les deux parties potentielles de la strophe de son grand poème Le Naufrage du Deutschland : ababcbca peut être divisé en abab cbca.

68Les schémas des deux autres curtal sonnets sont différents mais ils comportent eux aussi les rimes bc et d, enchevêtrées, où l’une est orpheline transstrophique (en romain) : dcbdc, et bddbc. La bigarrure, marquée par des rimes séparées par deux couleurs, est maintenue.

69Dans le premier curtal sonnet, l’indentation du sizain en abcabc indique les vers aux rimes correspondantes, et non les différentes longueurs de vers. Les sous tercets potentiels qu’elle dégage peuvent engager sur de fausses pistes, comme la réduction de quatrains, ou l’hypothèse de tercets mis en première place.

70Rappelons enfin que dans la poésie anglaise les rimes enchevêtrées sont possibles, alors que l’alternance en genre les rendait impossibles dans la versification française classique75.

TAXONOMIE DES FORMES DE SONNET D’APRÈS LE CARNET BLEU

71Dans le Carnet bleu76, Roubaud a recueilli 355 sonnets, tout en laissant une place jusqu’à 369 sonnets.

72Les indications détaillées qu’il renferment permettent de reconstituer la succession des formes dérivées les plus représentées, qui ne sont pas toutes reprises dans le recueil, et qui résultent soit d’une modification quantitative, portant sur le nombre de vers (sonnet court, sonnet interrompu, sonnet à vides, sonnet long, sonnet à coda) ou sur la longueur du vers (« élégie »), soit d’une modification qualitative (sonnet en prose, non sonnet), soit enfin d’une hybridation des deux (sonnet court en prose, sonnet long en prose, non sonnet en prose).

73Les 46 premiers sonnets sont en 4-4-3-3. Certains présentent dans le dernier tercet un couple de rimes final, idiosyncrasique du sonnet anglais.

74Un sonnet strophiquement anglais, mais qui nous semble plutôt provenir des petits sonnets anglais en vers courts de Mallarmé, apparaît le 12/2/1963 :

Où sont partis les soldats verts
Qui fracassaient le gravier sec
Vers quels Postdam Kiel ou Lübeck
Dans une invasion à l’envers

Qui se souvient de Bringuier Jean
Ou bien du lieutenant Ramon
Qu’ils incendièrent dans les monts
Une grenade entre les dents

Sans doute vingts ans morts et vifs
Et crisse en mon cœur ces cailloux
Vingt fois rouges vingt fois les ifs
Nous sommes tous devenus flous

Je n’oublie pas l’été de fer
Où s’enfuirent les soldats verts77

75Il ne sera pas repris, probablement du fait de son thème et de son ton par trop aragonien. En revanche, Camail de pluie sur vos ménades78, sous la forme abba cddc efef gg, sera repris dans Signe d’appartenance.

76Le premier sonnet court est le n° 47 « (curtal sonnet n° 1), Couleurs I : pentes du Rhône (4/13/63), « Les caveaux du vert pur buvaient nervures … », qui garde la désignation en anglais. Couleurs II : en contre-couleur, « Je vais m’arrêter dans la noir, dans le noir » (5/12/63) est nommé en français « sonnet court 2 ». Désormais le terme « sonnet court » prévaudra. Ces deux sonnets sont repris dans Signe d’appartenance.

77Roubaud a reproduit dans Poésie : trois variations sur le sonnet court, qui n’avaient pas été retenues dans Signe d’appartenance, et dont il reproduit les deux premiers poèmes.

78Le premier poème, sonnet court et lierre 179, enserré par des mots courant dans les deux marges, semble une version calligrammatique des sonnets « nuds » et « revêtus » (d’un commentaire) de Pierre Davity, cités par Colletet dans son traité80.

79Le deuxième poème est qualifié par son auteur de « sonnet désemparé » :

Sans doute il souriait/ les chiens friables
parmi ((cobalt) les buildings, (spores) les
citrons des pâturages grinçants, blouses
de marmousets vermillon aux couse-
ettes) heurtaient de voix nobles virelais
d’un vent citadin assidu aux câbles/

Sans doute il jetait sur les grands toits mornes
Ses rosaires de surface, ses dés
Quand le jour Subit Siffla la mort/ n’en
pouvant plus de rouges (le bleu perdait,
        se défit, au Nord)81

80« Désemparé » désigne le schéma de rimes palindromique82 de ses deux parties cbaabc deded. Il nous paraît là encore être un clin d’œil à Colletet et à son « sonnet déréglé » : dans son Traité, ce poète explique que, sous le coup de la perte de son épouse, il a écrit un sonnet en rimes plates83.

81Il signale un « faux sonnet court », sans le reproduire, que voici :

C’était naguère après tant de bleus et de noix
La chambre de poulaine baignée des ors tressés
Et les ponts et rimeur d’avenir et les églises
De l’immense beau temps aux chemins verts délaissés
Alors et ruisselante se levant pour voir
La fontaine de la place d’armes bave grise

Vers ces aurores de tambour toi par ces matins
Que prêtait le printemps pour le courage du monde
Je me souviens tu regardais la lumière fendre
Les masses d’ormes moins engourdis sur les jardins
 En toi la vieille chasse à l’espoir reprendre84

82Il semble ainsi nommé à cause du schéma non répétitif des rimes approximatives des tercets (abcbac), comme le non parallélisme des quatrains des « faux sonnets » traditionnels.

83Non repris dans le recueil, le « sonnet court irrégulier I » a des tercets de même type, et il est en vers courts irréguliers.

La glaise s’arroge
le maître feu
contre les claies
double sentencieux
du bateau des haies
les vannes rouges

du gazon tu sors
viride mou
à l’insu des ours
sur la mousse un os
 des temps morts85

84Deux autres « irréguliers » suivront.

85Le « sonnet interrompu » est présent dans le Carnet bleu sous forme de 12 poèmes. À s’en tenir à leur seul aspect strophique, on relève 8 sonnets en QQT, 2 en QQT + 1 vers, et 2 en QQT + 2 vers. Le premier sonnet interrompu naît entre deux sonnets courts à la Hopkins, ce qui confirme notre hypothèse. Il s’agit du n° 56 (sonnet inrerrompu 1), « Dans les années pauvres86», en date du 11/12/1963. Le dernier mot, brouhahas !, sera remplacé dans le recueil par et noroîts. Le suivant, n° 93, le 4/2/64, est en abab cdcd efg.

86Le carnet comporte aussi deux exemples de « sonnet tronqué ». Le premier, Deux cœurs roses (n° 192), repris dans Signe d’appartenance, est composé de deux quatrains, d’un fragment initial du premier vers du premier tercet, et d’un fragment final de l’avant-dernier vers, ce dernier étant joint au dernier vers. Le second exemple, non repris, Nous saurons lyophiliser les rossignols (n° 210),présente aussi ses deux quatrains intacts, mais son premier tercet est réduit à ses deux premiers vers et à un fragment du début de son troisième vers, et son second tercet est réduit au segment terminal de son premier vers suivi de ses deux derniers vers.

87Des formes prolongées ont été tentées.

88Signe d’appartenance comporte les 8 élégies87 du Carnet bleu. Roubaud appelle ainsi des sonnets en vers très longs, de plus de 13 syllabes. Ce sont donc des sonnets prolongés quant à la longueur de leurs vers, et pour ainsi dire « élargis ». Sans être qualifié d’élégie, le sonnet Douleur, en abba abba cdd cee, anticipe cette forme par son thème de deuil et par son vers de 15 syllabes88. Le premier sonnet de ce type, « Élégie : l’âge89», est en vers de 17 syllabes, les 7 autres, désignées comme « élégie », et dites « première », « deuxième », etc., sauf une, sont respectivement en vers de 15, 16, 18, 14, 16, 17, 18 syllabes. Les schémas de rimes sont : 1. abba abba cde cde ; 2. abba cddc efe fgg ; 3. abba cddc eef ggf ; 4. abba cdcd eef ggf ; 5. abba cddc efe fef ; 6. abba cdcd eff egg ; 7. abba cdcd eff egg ; 8. abcd abcd efg efg. On reconnaît dans les 2, 4, 6 et 7e sonnets des schémas de rimes anglais. Les quatrains et tercets du 8e sont en rimes enchevêtrées. Dans le recueil, la troisième élégie sera reformatée en 1-12-1 vers, et la huitième compactée.

89Ces vers très longs avaient déjà été employés par Aragon dans de nombreux poèmes, mais Roubaud pouvait les retrouver aussi, employés au sein du sonnet, chez Hopkins. Ce vers long relève de l’élégie non seulement comme genre, mais peut-être parce qu’il s’agit d’un vers « boiteux », comme le distique de l’élégie antique. Dans le champ des sonnets français, il rappelle le long vers final du « sonnet boiteux » de Verlaine (lui-même ainsi nommé par une mélecture du « sonnet boiteux » de Colletet, qui était un sonnet au dernier vers plus court). Enfin, le collage après la première élégie d’un quatrain extrait des Sonnets à Orphée90 peut faire signe, non seulement vers les sonnets de Rilke, mais encore vers les dix Élégies de Duino, qui sont également numérotés.

90Un sonnet caudé, « sonnet et coda91 » présente cette petite queue : « en pensée, en pensée ». Il ne sera pas repris dans Signe d’appartenance, mais cité dans Poésie :92. Un « sonnet long93 » est en 7-7-10.

91À l’échelle supérieure, un « sonnet de sonnets » prolongé constitue le dernier « paragraphe » de Signe d’appartenance : c’est un « sonnet à trois tercets de sonnets en prose », interrompu après les deux quatrains, comme l’indique l’auteur, et il se limite donc à huit sonnets en prose94.

92Enfin, un « sonnet et vides », Modèles de phrases de printemps95, est un poème où des mots ont été supprimés aux vers 4, 6, 7, 8, 13. Il évoque le poème de Dorval, chanté par Aragon dans Les Poètes (1960), mort en duel : les balles avaient transformé son poème placé contre son cœur en un texte à trous (« à vides »). Mais ici des mots entiers sont enlevés.

93Ce sonnet ne sera pas repris dans Signe dappartenance, alors que sera repris le sonnet bris sonore !  fragments mésange !, où ce sont des unités linguistiques inférieures, les lettres, qui seront supprimées, uniquement dans certains mots à la rime. Signalons que son prolongement, où se lit nothing, n’est pas dans le Carnet bleu, et qu’il est donc un ajout tardif.

94Si le sonnet court est la forme dérivée la plus employée au départ, c’est le sonnet en prose qui est de plus en plus la forme dominante.

95Le premier exemple enregistré dans le Carnet bleu, et non repris dans le recueil, est donné sous le titre de Sonnet en prose 1 :

Il vint la mer nombreuse jusqu’au rouge des loges, par souffle d’écume et truchement des étages de l’air, la mer amassée en pulpe verte montant de terrasse en terrasse vers d’autres baies, sillages, algues : toi

Il vint la mer à nos fenêtres par la lézarde des palais en poudres, loques acides des venelles, ventres des barques raisinées plus haut que mouches liseronnes, qu’éclaboussures de fiasches plus haut que l’ocre, par le peuplement du soir

et l’eau germait sur ta nuque de toute sa fraîcheur infime riant le marbre le parfum au fond des ombres dénattée par cet emblème qui est toi (comme médaille de sinople)

une eau d’orange brisent, entre le sel et la mer, mes fils d’angoisse, cachant à la lumière germaine sous sa rupture de chanson le saccage du silence96

96Le « sonnet en prose » est issu de sa lecture des traductions en prose des sonnets de Shakespeare par Pierre-Jean Jouve97. Il est constitué de quatre paragraphes, deux longs et deux courts. Dans le Carnet bleu, il est ponctué, sauf en fin de paragraphe. La ponctuation interne sera remplacée par des blancs dans Signe d’appartenance.

97Le « sonnet court en prose », en deux paragraphes, le second, plus court, étant suivi d’une ligne courte centrée, apparaît très vite, juste après les 3 premiers sonnets en prose :

appuyé à l’ovale  ( c’est à hauteur de la face  le flux  le rouge cœur du feu vipérin )  devenant arbre  le désirant à la nuit  avec ce dos de nuit mais des vibrilles orientées vers l’intérieur  vers le feu de boulets rougeoyant sur l’étain  fumée soi-même basse  pour ancrer le feu  fumée de branches foin enfumé  à hauteur dans le noir  à hauteur de l’ovale appuyé

recevant du feu  le sel et le saut des cendres au dessus de la braise  du couteau  gobelet sur la table voyant en arbre puisqu’arbre  aussi bien  feuilles ramassées sur la tête avec le bruit d’encre qui voit touche à son dos et répondant dans la
              langue rougeoyante de la fumée98

98On voit que ce sonnet en prose, typographiquement « en drapeau » comme d’ailleurs les autres poèmes, comporte une ponctuation normale à l’intérieur de chaque paragraphe, et que les quatre paragraphes ne sont pas terminés par un signe de ponctuation, mais sont séparés par une ligne de blanc. L’absence de majuscule en début de paragraphe, comme pour les poèmes en vers, ne sera observée que dans le recueil. Dans le Carnet bleu, l’absence de ponctuation dans le sonnet en prose (sauf deux couples de parenthèses) sera introduite dans le n° 276, 23/10/65 : « le mieux serait de changer de lumière de vivre sans l’œil de deux grains de sable », suivi du n° 277, 23/10/65, « Alors le temps se tient lointain ». Les blancs sont introduits dans le n° 294, un sonnet court en prose 3 du 9/3/64 modifié le 22/10/65.

99Enfin, dans Signe d’appartenance, en « mettant au carré » le sonnet court, l’auteur a donné un « sonnet court de sonnets courts en prose », qu’il a en fait interrompu99.

100Une autre forme d’hybridation du sonnet avec la prose est représentée par 2 sonnets en vers hétérométriques alignés en prose, comme les ballades de Paul Fort, avec un tiret entre chaque vers, deux entre chaque strophe, trois entre l’octet et le sextet, et le signe + en fin de poème (des barres inclinées sont employées dans le Carnet bleu100). On pourrait l’appeler, à la suite de Frédéric Forte, le « sonnet plat101 ».

101Le « sonnet long en prose » apparaît à la fin avec Où demeure la mémoire, qui est en 6 paragraphes, les deux premiers longs, suivis de trois courts, et d’un seul d’une ligne102. Il en fera un second le même jour.

102Le jour suivant il compose le « non sonnet en prose », complémentaire du sonnet en prose, dont il donne 6 exemples, entrecoupés d’un sonnet en prose. Il est constitué d’alinéas plus courts en nombres de lignes, comme 332221. Cette dernière forme ne sera pas reprise non plus dans Signe d’appartenance.

103Au total, sur un total de 355 sonnets, le Carnet bleu comporte 77 sonnets courts, 43 sonnets en prose, 13 sonnets courts en prose, 12 sonnets interrompus, 2 sonnets plats, 2 sonnets longs en prose, 6 non sonnets en prose.

FORMES ANGLAISES APRÈS SIGNE D’APPARTENANCE

104Roubaud publiera en décembre de la même année que Signe d’appartenance103 2 sonnets courts en prose, et 4 sonnets en prose dans le catalogue d’une exposition de Pierre Getzler chez Georges Perec104.

105C’est à la forme du « sonnet court de sonnets courts » qu’il revient pour une séquence de sonnets, cette fois-ci en vers libres, intitulée Photographie ; and the past performance of the sun. 6 + 4 1/2 poèmes pour A1.C1.B1 (1983). Voici la troisième pièce, en vers français, anglais, et même italien. (La dédicataire, sa compagne, l’auteure des photographies, Alix-Cléo Blanchette, était une canadienne bilingue105).

      let me have it in the most obscene of langages
           english doubly obscene because it
               is totally bland
the loft as the urban translation of Frank L. Wright’s
                    [suburban house
conversation with man’s likeablenesse are a rangey world
           enough generalities for a grey Saturday
           let me have in in the most doubly
                     [because it is langage

dove chi arrive è subito notato

  même si mon rêve a en réalité un lien avec la pluie
                     [qui tombe
     only confusion of the plausible proposition
           with the reversal of the outward
                     [sentence
           any line of public transport all the way
           to the last stop for sheer pleasure106

106Les six premiers vers du premier sonnet reprennent l’indentation en marches d’escalier du sizain du curtal sonnet : 123123. Dans les poèmes suivants, même si la bipartition demeure, le nombre de vers varie, ainsi que leur indentation, rappelant moins Pierre Reverdy que les Cantos de Pound, avec lesquels ces vers partagent plurilinguisme et simultanéisme. Ces poèmes peuvent aussi reprendre une disposition du sonnet de Signe d’appartenance, « des nuages glissaient grappes de fer107… », qui nous semble mimer la forme et le mouvement des nuages.

107Le livre pour enfants Les Animaux de tout le monde (1983) est composé exclusivement de sonnets, ce dont peu de lecteurs, jeunes ou moins jeunes, se sont avisés108. Le poème qui suit décrit un lieu dont nous ne pouvons prononcer le nom à ce colloque.

Les canards de Cambridge : poème franco-britannique

Les canards lecteurs d’Aristote*
descendent punter sur la Cam**
en disputant avec calme
car ils pratiquent la litote***

Fellows de leur college ils sont***    
ce qui leur ouvre les pelouses*****
ils y mènent parfois leurs épouses
prendre le thé avec des scones*****

Lors Kelvin******* Isaac Newton********
dignes savants que rien n’étonne
étaient des canards, je le sais

sûrs de leurs faits, imperturbables,
devant leurs critiques défaits
lissant leurs plumes imperméables109*********

108La désignation de « franco-britannique » concerne d’abord le lexique. Les rimes anglo-françaises sont ludiquement approximatives : Cam / calme, Newton / étonne, sont / scones. Ces dernières, pour l’œil, peuvent être qualifiée d’ « anglo-normandes ». Ailleurs l’auteur joue avec des rimes étrangères (club / tub), et des rimes anglo-françaises dans les poèmes à tonalité anglaise (gentleman / canne, Big Ben / peine, tweed / cidre)110. On peut reconnaître aussi dans ce poème une tournure grammaticale calquée de l’anglais : « fellows de leurs collège ils sont ».

109Nous reproduisons les appels de notes en forme d’astériques, mais non les notes correspondantes. Ces notes sont présentes pour expliquer les obscurités aux enfants, et parce que le poème met en scène des savants, en l’occurrence métamorphosés en canards, imperméables à la critique, sur le plumage desquels les arguments glissent comme l’eau. Nous renvoyons au passage en prose sur les mêmes canards dans ‘Le grand incendie de Londres’111, où ces animaux sont humanisés comme dans Winnie the Pooh ou The Wind in the Willows, ses lectures d’enfance. Sachant qu’on doit éviter de mettre plus de trois astérisques par page, on peut penser que le poète en fait ironiquement une contrainte. On peut même y voir voir un ornement visuel ajouté, figurant la troupe des canards à la queue leu leu qui s’allonge au fil de l’eau.

110Ce poème est « franco-britannique » par sa forme. Sa thématique et son lexique anglais sont coulés dans une forme française (ou continentale, ou italienne, comme disent les poéticiens anglais) : deux quatrains et deux tercets (abba cddc eef gfg).

111Le recueil comporte des formes variées : 1 sonnet alterné, 2 sonnets à refrain, ou « sonnets serpentins », 1 sonnet sur deux mots-rimes, 1 sonnet « revêtu » (d’un commentaire en prose), et 1 sonnet en prose rimée. Nous passons sur les schémas de rimes, eux aussi extrêmement variables. Dans ces 60 poèmes, tout le spectre du sonnet est décliné entre les sonnets continentaux (près des 2/3), et les 3 sonnets anglais. Ces derniers ne sont pas en accord avec un thème anglais : La Biche, Les chameaux sous la lune avec mots rimes AbbA’ AbbA’ AbbA’ cc, et Le Pélican de Jonathan quasiment monorime (avec son distique comme chute), qui est sur le titre, le thème et les rimes de Desnos dans Chantefables, comme l’a noté Dominique Moncond’huy dans la postface à sa réédition112. Citons encore La Biche :

Il était une biche blanche
blanche elle l’était jusqu’aux cils
blanche blanche qu’elle était blanche
elle avait la blancheur persil

souvent le castor ou la tanche
lui proposaient d’aller jouer
mais elle voulait rester blanche
elle avait peur de se mouiller

un jour au fond d’une clairière
elle rencontre un sanglier
il est sale le groin souillé
de bave de crasse et de glaire

et la biche le feu aux joues
avec lui se vautre dans la boue113

112Roubaud avait déja mis en scène un chien et une biche blanche dans La Princesse Hoppy, et il y reviendra dans la trilogie d’Hortense. L’allusion à la lessive Persil reflète la publicité des années soixante. Ce poème peut être vu comme une version animale de Lady Chatterley. Notons l’écart, le clinamen, du vers final, qui est de 9 syllabes au lieu de 8, alors qu’il pourrait continuer sur ce nombre (« se vautre avec lui dans la boue ») : il figure bien l’écart de conduite de la blanche biche. Métriquement, ce poème est un poème anglais en trois quatrains abab cdcd effe (ou edde) et un distique gg (ou ff).

113Dans la La Forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains (1999), on note un sonnet interrompu (à la seconde syllabe du premier vers du dernier tercet), The Wish, dans la suite Square des Blancs-Manteaux 1983. Méditation de la mort, en sonnets, selon le protocole de Joseph Hall114, mais ce n’est pas un sonnet court.

114Les formes anglaises du sonnet font retour dans le recueil Churchill 40 et autres sonnets de voyage 2000-2003 (2004)115. Dans la première série, de 22 sonnets, Bus –stop, infinity, il donne un sonnet en vers libres bilingue à dominante anglaise : « St Mark’s on the Bowery. C’est tout près St Mark’s116 ». Les huitième sonnet (non rimé) et treizième sonnet (rimes plates) sont en un huitain plus un sizain. Le dix-neuvième sonnet, compact, et le dernier, en 4-4-4-2, non rimé, sont entièrement en anglais.

115Dans la série Sonnet-walking, un sonnet « polémique » est de type anglais :

 WYSIWYG

Voici un poème et cela
Que vous voyez est ce que vous
Aurez. Mais pas plus, pas de flaque
De sens saignant à terre sous

Lui. Sans doute, s’il est compté
Et rimé (faible ou fort), on peut
Extraire son spectre et trouver
Dans son shadow-mètre du jeu :

Il pourrait être intentionnel.
Le mécanisme des raisons
De langue ne vient pas du ciel.
(Poème, pas une oraison).

Tout ce que vous verrez c’est çà
Que vous aurez, qui vous aura117.

116La forme est shakespearienne en abab cdcd efef gg. Les rimes sont masculines, sauf flaque, rime enjambée avec cela / que. Le titre est un acronyme de What you see is what you get, et désigne les logiciels qui donnent à l’utilisateur l’impression de voir son document tel qu’il sera publié. Dans ce sonnet d’esprit wittgensteinien, le shadow-metre expliqué dans La Dissolution118 donne lieu à un calembour avec le « maître du jeu ».

117La série Rue dAmsterdam comporte un sonnet compact, deux sonnets en 8-6, et un dernier en 3-3-3-2, prolongé d’un vers. La série Rue Georges Perec présente un sonnet compact, un sonnet compact prolongé d’un vers isolé. Le premier sonnet de la série Mai à Melle est un sonnet compact avec décalage des deux derniers vers. À la fin de la série japonaise Reflexions on Mt Fuji, le sonnet sur Berlin est compact, comme cinq des sonnets sur Copenhague, prolongés chacun de deux vers ou un vers, deux autres étant en 8-6 et 6-8, et comme celui sur Bologne en en 6-8.

118La série Skye, juillet 2001, marches de réminiscence, un « sonnet de sonnets », comporte deux sonnets compacts, et se termine sur un sonnet en 8-6, mais la complexité de ses jeux sur l’indentation, la ponctuation et les répétitions, qui nous paraissent là encore mimer la forme et le mouvement des nuages, justifient une étude distincte119.

119Dans le même recueil, le premier sonnet de la série Churchill 40, datée de septembre 2003, est de forme anglaise, en adéquation avec le thème. Il est en un seul bloc avec décrochage du distique, en alexandrins plutôt blancs, à l’instar des vers anglais non rimés :

Winston Churchill à Carcassonne
octobre 1940

Dans la cour de l’École Annexe jouons aux barres
Le préau s’est fait petit en septembre deux
Mille et tre, que je photographie à travers
La grille, et compare à mon souvenir d’octobre
Quarante, quand les marrons sortent de leurs bogues
Rousses, poudrés de neuf ; on va jouer encore
À la guerre (verbale), reprenant nos rôles
Du printemps de l’« étrange défaite ». L’un fait
Mussolini (rires) ; un autre Hitler (Achtung
Biciclett’gro pneu !) — l’amiral Yama-
Moto qu’a été mis à pied. Moi je serai
Winston Churchill, par privilège familial
       D’une mère qui professe la langue. J’exalte
       La lutte, mâchouillant des sons pseudo-anglais120.

120Roubaud reviendra sur cette identification avec Churchill, et sur la guerre avec le Japon, lorsqu’il avait huit ans, dans Poésie :121. Les deux poèmes suivants dans la série ont la même forme, ainsi que les cinquième, sixième et dernier.

CONCLUSION

121La forme traditionnelle anglaise du sonnet shakespearien a été reprise par Roubaud dans son premier livre de sonnets, Signe d’appartenance. L’influence de cette forme a été en outre médiate, puisque par le biais des traductions de Shakespeare par Pierre-Jean Jouve elle se trouve à l’origine de son « sonnet en prose ».

122Roubaud a retenu parmi les variations de la forme sonnet chez Hopkins un type de « sonnet court » qu’il a adapté à la versification française. Il se retrouvait dans la démarche du poète anglais proposant des formes nouvelles en réanimant et recomposant des formes anciennes ou étrangères. Le sonnet court a pu lui faire découvrir aussi une autre forme, le sonnet interrompu. Par la suite, il n’a repris le sonnet court que dans une séquence, puis l’a abandonnée.

123Il a continué cependant d’employer les formes classiques du sonnet anglais dans ses deuxième et troisième livres composés exclusivement de sonnets, l’un à destination des enfants, Les Animaux de tout le monde (1983), et l’autre, Churchill 40 (2004), à valeur de bilan.

124Roubaud est de très loin le poète français qui a le plus souvent pratiqué cette forme d’« intermétricité » anglo-française. Dans sa traduction des sonnets de Shakespeare (1969) Jean Rousselot respectera le schéma de rimes abab cdcd efef gg122, ainsi que Philippe de Rotschild dans sa traduction des Poèmes élisabéthains (1969)123. Jacques Darras, non moins anglophile que Roubaud, empruntera au sonnet anglais sa forme compacte et son vers blanc124. Et Jacques Réda donnera dans ses Sonnets dublinois125(1990) seize sonnets, pour l’essentiel selon la forme shakespearienne.

125Au plan formel et non seulement thématique, Roubaud s’est avéré être un poète « multiple » pour avoir fait siens des domaines, des époques et des pays divers et variés. La tradition anglaise est une des sources où il a puisé avec le plus de bonheur pour inventer de nouvelles formes poétiques.

Notes

1  J. Roubaud, ‘Le grand incendie de Londres’, Seuil, « Fiction & Cie », 1989, p. 234. Voir aussi J. Roubaud, J.-Fr. Puff, Jacques Roubaud : rencontre avec Jean-François Puff, Argol, « Les singuliers », 2008, p. 15.

2  « Fonds Oulipo - Don 5 », Bibliothèque de l’Arsenal (donné par J. Roubaud à la Bibliothèque de l’Arsenal le 21 février 2015, à la suite de l’exposition sur l’Oulipo). Nous adressons nos remerciements à Mme Claire Lesage.

3  J. Roubaud, Signe d’appartenance, Gallimard, 1967, p. 79. Le Carnet bleu, op. cit., n° 138, 20/6/64, p. 71.

4  Ibid., p. 127.

5  Dans Signe d’appartenance, op. cit., p. 49, « er » n’est pas séparé du reste du mot, ce qui est une erreur typographique. Dans le Carnet bleu (n° 253, p. 129), il est séparé par un blanc, ainsi que dans Poésie :, Seuil, 2000, p. 478.

6  J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 477-479.

7  Ibid., p. 479.

8  J. Roubaud, Signe d’appartenance, op. cit., p. 7.

9  Ibid., p. 106. Première publication dans Action poétique, n° 27, juin 1965, p. 46-47, cité dans la bibliographie établie par D. Moncond’huy et P. Mourier-Casile, La Licorne, « Roubaud », n° 40, 1997, p. 23.

10 J. Roubaud, Signe d’appartenance, op. cit., p. 77.

11  Ibid., p. 60.

12  J. G. Scott, Les Sonnets élisabéthains. Les sources et l’apport personnel, Champion, 1929.

13  L. Clarence, Sonnets d’Angleterre, de Thomas Wyatt (1503-1542) à Francis Thomson (1859-1907), traduction avec le texte original en regard, Paris, en dépôt à la Librairie C. Balland, s. d. [1930].

14  J. Fuller, The Sonnet, London and New-York, Methuen, « The Critical Idiom », 1972, p. 1-26.

15  Ph. Chasles, Caractères et paysages, Paris, Mame-Delaunay, 1833, p. 241-242. Cité dans J. Roubaud, Quasi-Cristaux, Martine Aboucaya et Yvon Lambert, 2013, non paginé.

16  Voir A. Chevrier, « Le sonnet anglais chez Mallarmé », Romantisme, n° 89, 1995-1, op. cit. p. 29-53.

17  A. Barbier, Satires et poèmes, Paris, Félix Bonnaire, 1837, p. 237. Cité dans Quasi-Cristaux, op. cit., non paginé, d’après ses Œuvres, 1837, p. 135 (les tercets sont collés, ce que Roubaud signale en note, mais il les met en 4-4-3-3, et il remarque qu’il s’agit d’une forme spenserienne). Repris dans Iambes et poèmes, 1840 et 1853, en 4-4-4-2, et dans Iambes et Poëmes. Douzième édition. Paris, E. Dentu., 1861, p. 184-185.

18  Le Parnasse contemporain. Recueil de vers nouveaux, Paris, Alphonse Lemerre, 1869, p. 326-327.

19  A. Barbier, Chez les poètes. Études. Traductions et imitations en vers. Par l’auteur des IAMBES, Paris, E. Dentu, 1882, p. 67. « Sonnet de Shakespeare / dans la forme de Spenser ».

20  A. Chevrier, « Le sonnet anglais chez Mallarmé », Romantisme, n° 89, op. cit.

21  É. Bourges, Les oiseaux s'envolent et les fleurs tombent, Mercure de France, 1964, préface G. Marie, p. XIII.

22 S. Mallarmé, Œuvres complètes, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », éd. B. Marchal, t. 1, 1998, p. 26, 426, 1170.

23  J. Roubaud, « Notes brèves et sommaires sur la forme du sonnet français de 1801 à 1914 », dans B. Degott et P. Garrigues, Le Sonnet au risque du sonnet, L’Harmattan, 2006, p. 282-293. J. Roubaud, « Sur la forme du sonnet mallarméen »,  2004, vol. 56, n° 56, p. 217-229.

24 R. Pearson, Mallarmé ans Circumstance : The Translation of silence, Oxford, Oxford University Press, 2004, p. 152-164.

25 J. Roubaud, Octogone, Gallimard, 2014, p. 23.

26  H. Mondor, Autres précisions sur Mallarmé et inédits, Galimard, 1961, p. 182 et 195

27  P. Louÿs, Œuvre érotique, éd. J.-P. Goujon, Robert Laffont, « Bouquins », 2012, p. 541.

28  J. Royère, Poésies (Eurythmies, Sœur de Narcisse nue, Par la lumière peints, Quiétude), Malfère, 1924, p. 125, 126 et 168.

29 J. Supervielle, Oublieuse mémoire, Gallimard, 1980, p. 11-14.

30 Dans son séminaire de poétique comparée (relevant de l’EPHESS) à l’INALCO, Roubaud à la fin des années 1990 et au début des années 2000 a souvent scandé des pentamètres iambiques et confronté au texte source les diverses traductions françaises des sonnets de Shakespeare (souvenirs de l’auteur de cet article).

31  P. Laudun d’Aigaliers, L’Art poëtique françois, Société des Textes Français Modernes, éd. J.-Ch. Montferran, 2000, [1597], p. 62-63.

32  G. Colletet, Traitté de l’épigramme et Traitté du sonnet, éd. P. A. Janini, 1965, p. 250-251 (Section XII, « Des demy-sonnets »).

33  L. de Veyrrières, Monographie du sonnet, Paris, Bachelin-Deflorenne, 1868-1869, t. 1, p. 63.

34  T. Derême, « Les sonnets de M. Polyphème Durand », Grasset, La Tortue indigo, 1937, p. 196-200.

35  Œuvres complètes de Saint-Amant, éd. Ch. Livet, Paris, P. Jannet, 1855, t. 1, p. 189.

36  M. Jasinski, Histoire du sonnet en France, Genève, Slatkine Reprints, 1970 [1903], p. 149, n. 3.

37  Les Œuvres de Monsieur de Bensserade, première partie, Paris, Charles de Sercy, 1697, p. 354.

38  G. M. Hopkins, The Major Works, including all the poems and selected prose, éd. C. Phillips, Oxford University Press, « Oxford World’s Classics », 2002, p. 74.

39  Ibid.., p. 68.

40  Ibid.., p. 161.

41  J. Roubaud, Signe d’appartenance, op. cit., p. 60. Et J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 455-456.

42  Pierre-Jean Jouve, Œuvre I, éd. J. Starobinski, Mercure de France, 1987, p. 262, p. 268, p. 273.

43  J. Roubaud, « Description du projet », Mezura, 1979, n° 9, p. 9.

44  G. M. Hopkins, Poems, éd. W. H. Gardner, O. U. P, 1956. [BNF : éd. de 1948 ; sera complétée en 1967]. Et W. H. Gardner, Gerard Manley Hopkins (1844-1889)n a study of poetic idiosyncrasy in relation to poetic tradition : a centenary commemoration, Londres, M. Secker and Warburg, 1944.

45  G. M. Hopkins, Reliquiæ, vers proses dessins réunis et traduits par P. Leyris, Seuil, 1957.

46  G. M. Hopkins, Le naufrage du Deutschland, poème, trad. P. Leyris, Seuil, 1964.

47  J.-G. Ritz, Gerard Manley Hopkins, s. j., L’Homme et l’Œuvre poétique, Didier, 1963.

48  G. M. Hopkins, Poèmes / Poems, éd. J.-G. Ritz, Aubier-Montaigne, Coll. bilingue, 1980.

49  G. M. Hopkins, The Major Works, op. cit., p. 132-133.

50  Le Carnet bleu, op. cit., n° 47, 4 décembre 1963. Signe d’appartenance, op. cit., p. 84. Poésie :, op. cit., p. 447.

51  Signe d’apartenance, op. cit., p. 81. J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 403.

52  J. Roubaud, Signe d’appartenance, op. cit., p. 50, et Poésie :, op. cit., p. 394-395. Le Carnet bleu, n° 126, sonnet court 29, 9/5/64.

53  Signe d’appartenance, op. cit., p. 108. Le Carnet bleu, op. cit., n° 252 sonnet court 61 23 / 6 / 65, p. 129.

54  Signe d’appartenance, op. cit., p. 112. Ce sonnet court est en 6-5 dans le Carnet bleu, op. cit., n° 21, 15 / 3 / 64, p. 53.

55  Signe d’appartenance, op. cit., p. 64. Dénué est en 5-6 dans Les Lettres françaises mais non dans le Carnet bleu ni dans Signe d’appartenance, n° 50.

56  Signe d’appartenance, op. cit., p. 51.

57  Aragon, « Qu’est-ce que la poésie en 1964 ? », présentation de J. Roubaud, « Sonnets (juin 1963-février 1964) », Les Lettres françaises, n° 1024, 9-15 avril 1964, p. 5. Cité dans J.-Fr. Puff, « Jacques Roubaud : “un enfant perdu” d’Aragon », Recherches croisées Aragon / Elsa Triolet, n° spécial, 2008, p. 5. Ces 16 sonnets, numérotés dans l’article, correspondent aux numéros 18, 19, 25, 28, 34, 44, 49, 50 (sonnet court Dénué, en 5 /6), 56, 62, 63, 64, 67, 71, 77, 79 du Carnet bleu et cette série comporte 6 « sonnets courts « (dont 5 déclarés tels), une « élégie » (sonnet en vers très longs), (Élégie : l’âge), et un sonnet interrompu.

58  J. Roubaud, Signe d’appartenance, op. cit., p. 61.

59  Signe d’appartenance, op. cit., p. 61 et p. 53. Cité dans la bibliographie de La Licorne, « Roubaud », p. 264.

60  La Nouvelle Critique, n° 158 (« La nouvelle génération des poètes »), août-septembre 1964, p. 105-108. Cité dans la bibliographie de La Licorne, « Roubaud », op. cit., p. 264.

61  J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 455.

62 A. Grafe, « Gerard M. Hopkins : dire davantage », Nunc, « Axis Mundi : Dossier G. M. Hopkins », n° 27, juin 2012, p. 63.

63  J. Roubaud, Signe d’appartenance, op. cit., p. 84-85.

64  Ibid., p. 48.

65  J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 456.

66  J. Roubaud, Signe d’appartenance, op. cit., p. 43, p. 45, 53.

67  J.-G. Ritz, Gerard Manley Hopkins, op. cit., p. 475.

68  J. Roubaud, Signe d’appartenance, op. cit., p. 87-92.

69  Ibid., p. 87.

70  J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 450-452.

71  In memoriam Edoardo Sanguinetti, Octogone, Gallimard, 2014, p. 55.

72  Ibid., p. 171.

73  Ibid., p. 109.

74  J.-G. Ritz, G. M. Hopkins, s. j., L’Homme et l’Œuvre poétique, Didier, 1963, n. p. 490.

75  Voir A. Chevrier, « “Ces effets de lointain” : les rimes enchevêtrées chez Verlaine », Revue Verlaine, n° 9, 2004, p. 177-214.

76  Le Carnet bleu, op. cit., avec cette indication : « Jacques Roubaud / 56 Rue Notre Dame de Lorette / Paris 9 PIG 76 55 / Sonnets (1963 / [11/6]-1966 / [15/7]), textes 61 (décembre) - 63 (juin) retravaillés puis (1964) notés à mesure ». Décrit dans J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 172.

77  Le Carnet bleu, op. cit., n° 59, 11/12/63.

78  Ibid., n° 40.

79  J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 462. Le Carnet bleu, op. cit., n° 98, sonnet court et lierre 1, 6/3/64, p. 51.

80  G. Colletet, Traitté du sonnet, op. cit., p. 229 (Section XVIII, « Des sonnets nuds et revestus »).

81  J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 463. Le Carnet bleu, op. cit., n° 140, sonnet désemparé 1, 22/6/64.

82  Voir A. Chevrier, « Iconicité et symétrie (II). Du sonnet double aux rimes palindromiques », Cahiers du Centre d’études métriques de l’Université de Nantes, n° 6, 2012, p. 101-116.

83  G. Colletet, Traitté du sonnet, op. cit., p. 206 (Section XII, « D’un Sonnet irrégulier et licencieux de l’Autheur »). Voir A. Chevrier, « Sonnet en rimes plates et sonnet compacté chez Verlaine », Revue Verlaine, n° 11, 2013, p. 166-195.

84  Ibid., n° 148, 3/7/64, p. 76.

85  Ibid., n° 170, 3/2/65, p. 87.

86  Signe d’appartenance, op. cit., p. 61.

87  Ibid., p. 66-72.

88  Le Carnet bleu, « Douleur », n° 85, 15/1/64, p. 43.

89  Signe d’appartenance, op. cit., p. 38. Le Carnet bleu, op. cit., n° 72, 7/1/64.

90  Signe d’appartenance, op. cit., p. 66.

91  Le Carnet bleu, op. cit., n° 114, 8/1/1964, p. 58.

92  Poésie :, op. cit., p. 465.

93  Le Carnet bleu, op. cit., n° 254, sonnet long, 8/7/65.

94  Signe d’appartenance, op. cit., p. 142.

95  N° 214, sonnet et vides, Modèles de phrases de printemps. Les vides sont dans les vers 4, 5, 6, 7, 8, 13. Les cinq premiers vers sont cités dans Poésie :, op. cit., p. 457.

96  Le Carnet bleu, n° 247 (30/6/64 modifié 16/6/65), p. 246.

97  J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 469-472. Voir A. Chevrier, « Quelques versions du sonnet en prose », Forme &. mesure. Cercle Polivanov : pour Jacques Roubaud / Mélanges, Mezura n° 49, Inalco, 2001, p. 127-139.

98  J. Roubaud, Signe d’appartenance, op cit., p. 95. Le Carnet bleu, n° 250, sonnet court en prose 1, « champ de colza II », 1960 [ ?] modifié 13/7/64, modifié 16/6/64.

99  J. Roubaud, Signe d’appartenance, op cit., p. 94-102. 

100  Ibid., p. 126-127 et 129. Le Carnet bleu, op. cit., Santa Catalina island sonnets IV, n° 164, 1/2/1965, et VI, n° 459, 22 /7/65, Santa Catalina island sonnets VI.

101  Fr. Forte, 33 sonnets plats, Bordeaux, Éditions de l’Attente, 2012.

102  Le Carnet bleu, op. cit., n° 347, 20/6/66, sonnet long en prose 1, p. 176.

103  A. Guérin, R. Kleman, G. Perec, J. Roubaud, P. Getzler, Sur des dessins et peintures de Pierre Getzler, s. n., 1967.

104  D. Bellos, Georges Perec, une vie dans les mots, Seuil, 1994, p. 412.

105  J. Roubaud, ‘Le grand incendie de Londres’, op. cit., p. 336-337.

106  H. Deluy, L’Anthologie arbitraire d’une nouvelle poésie 1960-1982 : trente poètes, Flammarion, 1983, p. 303.

107  J. Roubaud, Signe d’appartenance, op. cit., p. 63.

108 A. Chevrier, « Ludisme et calculisme dans les poèmes pour enfants de Jacques Roubaud », communication orale (non publiée) au colloque « Jacques Roubaud, compositeur de mathématique et de poésie », Nancy, 16, 17 et 18 mars 2006 ATILF-CNRS.

109  J. Roubaud, Les Animaux de tout le monde, Ramsay, 1983, p. 34.

110  A. Chevrier, « Les poèmes plurilingues de langue française (XX-XXIe siècles »), The Poetics of Multilingualism / La Poétique du plurilinguisme, International Colloquium, Eötvös Loránd University, Budapest, avril 2013 ; actes publiés par P. N. A. Hanna et L. Seláf, Cambridge Scholars Publishing, 2017, p. 149-164.

111  J. Roubaud, ‘Le grand incendie de Londres’, op. cit., p. 246-247.

112  J. Roubaud, Les Animaux de tout le monde, Seghers Jeunesse, 2004, p. 90.

113  J. Roubaud, Les Animaux de tout le monde, Ramsay, 1983, p. 30.

114  J. Roubaud, La Forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains, Gallimard, 1999, p. 161.

115 M. Güel, « Churchill 40 : voyages à travers le sonnet roubaldien », dans A. Disson et V. Montémont (dir.), Jacques Roubaud, « compositeur de mathématique et de poèsie », Nancy, Absalon, 2010, p. 265-277.

116  J. Roubaud, Churchill 40 et autres sonnets de voyage, Gallimard, 2004, p. 13.

117  Ibid., p. 37.

118  J. Roubaud, La Dissolution, Caen, Nous, 2008, p. 241.

119 A. Chevrier, « Variations typographiques et hyper-répétition dans la séquence de sonnets de Jacques Roubaud Skye, juillet 2001, marches de réminiscence »(non publié).

120 J. Roubaud, Churchill 40 et autres sonnets de voyage 2000-2003, Gallimard, 2004, p. 171.

121  J. Roubaud, Poésie :, op. cit., p. 488.

122 Shakespeare, Sonnets, texte anglais, trad. J. Rousselot, Seghers, 1969.

123  Ph. de Rotschild, Poèmes élisabéthains (1525-1650), Seghers, 1969.

124  J. Darras, « Pourquoi m’arrive-t-il d’écrire des sonnets », Formules, « Le sonnet comtemporain. Retours au sonnet » (dir. A. Chevrier et D. Moncond’huy), n° 12, 2008, p. 229-232.

125  J. Réda, Sonnets dublinois [suivis de] Cinq Impressions d’Athènes, Fontfroide-le-Haut, Fata Morgana, 1990.

Pour citer cet article

Alain Chevrier (2018). "G. M. HOPKINS, SHAKESPEARE & CO : SUR LES FORMES ANGLAISES DU SONNET CHEZ JACQUES ROUBAUD". Revue Cahiers Roubaud - Cahier n°2 : Roubaud multiple (Oxford, MFO) | Cahiers.

[En ligne] Publié en ligne le 27 août 2018.

URL : http://roubaud.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=323

Consulté le 5/12/2019.

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Dernière mise à jour : 22 novembre 2018

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